Pourquoi j'utilise
la Lune Noire Moyenne ?

Pourquoi j'utilise
la Lune Noire Moyenne ?

Si vous essayez de monter un thème astrologique, vous constaterez que son apparence peut changer selon la plateforme utilisée en ligne ou même les éphémérides.

Parmi les différences que l’on peut retrouver, il y a notamment celles des Lunes Noires ; car oui, il y en a plusieurs ! Comme si tout ça n’était pas assez compliqué ! Mais qui a dit que l’astrologie était une discipline, un art, facile à apprendre ?
Et il peut donc être difficile de s’y retrouver, et c’est normal !

Selon les éphémérides ou les logiciels utilisés, on peut donc rencontrer une Lune Noire dite moyenne, une Lune Noire dite vraie et une Lune Noire dite corrigée et, plus rarement même, une Lune Noire dite naturelle ou interpolée ou apogée (c’est comme quand on commande à la carte au restau !).

Ces Lunes Noires peuvent être proches. Elles peuvent aussi être séparées de plusieurs degrés et, parfois, changer de signe et ou de maison.

Et comme ces deux thèmes nous le montrent, ça peut vite devenir un sacré bazar ! On y trouvent donc une Lune Noire notée V, une autre notée C et une autre notée M. D’où la nécessité de conventions ou au moins d’expliciter dans quel cadre théorique on travaille.

Thème natal astrologique Freud

Thème de Sigmund Freud né le 06 mai 1856 à 18 h 30 à Příbor (République Tchèque)

Lune Noire moyenne : 28° Vierge
Lune Noire corrigée : 9° Balance
Lune Noire vraie : 10° Balance

Mais toutes en maison XI.

Thème natal astrologique Einstein

Thème d’Albert Einstein né le 14 mars 1879 à 11 h 30 à Ulm (Allemagne)

Lune Noire moyenne : 28° Bélier
Lune Noire corrigée : 17° Bélier
Lune Noire vraie : 2° Bélier

Toutes dans le même signe mais deux en maison XI (la Moyenne et la Corrigée) et une en maison X (la Vraie)

Alors quelle Lune Noire retenir ?

Dans ma pratique de l’astrologie humaniste, j’utilise la Lune Noire moyenne. Ce choix n’est pas fondé sur l’idée qu’elle serait astronomiquement « plus vraie » que les autres. Il repose plutôt sur la nature de ce que je recherche lorsque j’interprète un thème, à savoir : un symbole suffisamment stable pour participer à la cohérence d’ensemble du thème natal. C’est toujours mieux quand c’est dit et que le cadre est clair et posé, non ? 🙂

Mais au fait, c’est quoi, la Lune Noire ?
La Lune Noire n’est pas un astre ou un corps céleste. Il n’existe aucun petit corps noir caché dans le ciel que l’on pourrait observer au télescope. C’est un point mathématique lié à l’orbite de la Lune autour de la Terre et, plus précisément, à son apogée (la région de l’orbite où la Lune atteint sa plus grande distance à la Terre).

Le fait est que l’orbite lunaire est particulièrement complexe et qu’elle n’est pas une belle ellipse immuable. Cela n’empêche pas pour autant de définir mathématiquement l’apogée lunaire de plusieurs manières. C’est de là que viennent nos différentes Lunes Noires !

La Lune Noire Vraie (V) désigne sa position à un instant donné (on construit une ellipse correspondant au mieux à la position et au mouvement de la Lune à cet instant). Cela ressemble donc à une photographie instantanée de son mouvement. Tellement instantanée que sa position correspond à celle d’un jour…sur 28 ! C’est quand même un peu ballot et le terme de vrai est relativement trompeur ! Surtout en astrologie humaniste qui fait la part belle à une astrologie des cycles célestes !

La Lune Noire Moyenne (M) fait un choix différent en éliminant les fluctuations pour représenter le mouvement moyen de la ligne des apsides lunaires. Son déplacement devient donc beaucoup plus régulier. Évidemment, cette régularité a un prix puisque, à un instant précis, l’apogée moyen ne prétend pas représenter toutes les irrégularités de l’orbite réelle.

Mais précisément : est-ce vraiment ce que je lui demande en astrologie ? Dans une consultation humaniste, je ne cherche pas à reconstruire avec la plus grande finesse possible la mécanique céleste. Je cherche à travailler avec une représentation symbolique susceptible de prendre place dans l’organisation générale du thème astrologique.

Et c’est donc à ce titre que la stabilité de la Lune Noire moyenne m’intéresse. Elle décrit davantage un mouvement de fond qu’une fluctuation instantanée et offre un repère continu au sein du cycle. La Lune Noire Moyenne est, en outre, celle qui est la plus utilisée chez les astrologues francophones.

Et la Lune Noire corrigée (C) ? Globalement, cette solution cherche à réintroduire une partie des perturbations que la moyenne avait éliminées. Elle possède néanmoins une limite importante : il s’agit d’une modélisation empirique et non d’une détermination astronomique précise de l’apogée. Et il existe même plusieurs versions de Lunes Noires Corrigées.

Il existe encore une piste que je ne développerai pas ici, celle de la Lune Noire Apogée développée par l’astrologue et chercheur suisse Dieter Koch.

Les deux exemples un peu plus haut (Freud et Einstein) résument assez bien la difficulté. Parfois, choisir une Lune Noire plutôt qu’une autre ne modifie pas le signe (ou même la maison, d’ailleurs). Dans d’autres thèmes, ce choix transforme sensiblement la lecture.

Pourquoi ai-je finalement choisi la moyenne ?

Je pourrais chercher à déterminer laquelle de ces positions correspond le mieux à chaque événement d’une vie mais je rencontrerais rapidement un autre problème : à force de disposer de plusieurs Lunes Noires, plusieurs degrés et éventuellement plusieurs significations, il devient très facile de trouver après coup celle qui « fonctionne ».

Je préfère donc établir une convention, qui a un vrai sens symbolique, avant l’interprétation et m’y tenir.

Dans mon approche humaniste, la Lune Noire n’est pas un objet dont je chercherais une influence physique, c’est un point symbolique intégré à la lecture globale du thème. Son mouvement est continu, son cycle est clairement identifiable et son utilisation évite les importantes oscillations de l’apogée.

Ce choix n’est pas une règle de l’astrologie humaniste établie par Dane Rudhyar. La Lune Noire n’occupe d’ailleurs pas chez lui la place fondamentale qu’y occupent les planètes, les cycles ou les nœuds lunaires. Il s’agit donc d’un choix méthodologique personnel, inscrit dans ma manière de pratiquer l’astrologie humaniste.

Je n’utilise pas la Lune Noire moyenne parce qu’elle serait « la meilleure ». Je l’utilise parce qu’au sein de mon langage astrologique, elle me paraît aujourd’hui constituer le support le plus cohérent du symbole que j’associe à la Lune Noire : cette confrontation avec un absolu, un manque, une exigence ou un impossible qui ne se laisse pas facilement réduire à une lecture ordinaire du thème.

D’autres astrologues font un autre choix. La recherche autour de l’apogée lunaire continue elle-même d’évoluer.

C’est aussi ce qui rend ce symbole intéressant : avant même de l’interpréter, la Lune Noire nous oblige déjà à nous demander ce que nous faisons lorsque nous transformons une réalité céleste complexe en langage symbolique.

Pour celles et ceux qui aimeraient continuer à lire sur le sujet, vous trouverez trois billets de blog dont le premier est Aspects croissants et décroissants avec les lunes noires, Chiron et les noeuds lunaires (partie 1) ainsi qu’un autre, tout aussi passionnant, sur la Croix de la Lune Noire.

À bientôt !