La Croix de la Lune Noire, pourquoi les astrologues dessinent-ils des croix ?

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Précaution de lecture : Voilà un billet de blog qui se veut taquin ! Car j’y propose une lecture (très ?) originale de ce qu’on trouve habituellement sur cette fameuse croix. Cette lecture ne se veut pas innovante comme si elle devait remplacer celles qui existent déjà mais n’est qu’une nouvelle proposition, à creuser.

Il y a quelques mois, j’ai consacré trois billets à la Lune noire, à Chiron et aux nœuds lunaires en les abordant sous l’angle des aspects croissants et décroissants. L’objectif était de montrer que ces points symboliques prennent une profondeur particulière lorsqu’ils sont replacés dans une dynamique cyclique, plutôt que considérés de manière isolée.

Il existe pourtant une autre façon d’aborder la Lune noire, en général moins connue : la croix de la Lune noire. Cette figure appartient à un ensemble plus vaste de croix utilisées dans certaines approches astrologiques (eh oui, il existe en astrologie plusieurs croix !). C’est à elle seule que ce billet sera consacré. 

Avant d’en comprendre la construction, une question mérite toutefois d’être posée : pourquoi la croix est-elle une figure si présente dans l’histoire des civilisations ? Plus encore, pourquoi des cultures parfois très éloignées les unes des autres ont-elles ressenti le besoin d’organiser le monde autour d’un centre et de plusieurs directions ?

Images libres de droit : Pixabay et Unsplash. Crédits photographiques : Antranias (croix de Malte), Anne Nicole (croix latine), Hbieser (croix celtique), Barthwo (ânkh), Summa (croix de Lorraine) et Efraimstochter (croix de Saint-André).

À première vue, la réponse paraît évidente. Pourtant, le mot « croix » recouvre une étonnante diversité de formes : Croix grecque, latine, celtique, svastika, croix maya ou encore aztèque ne possèdent ni la même géométrie, ni la même histoire, ni la même fonction ; et la dimension religieuse n’est pas systématique. Certaines mettent l’accent sur l’équilibre, d’autres sur la verticalité, la rotation, l’arbre cosmique ou encore l’inscription dans un cercle.

L’anthropologue français de l’imaginaire Gilbert Durand (19212-2012) a montré que les symboles ne prennent jamais sens isolément et s’inscrivent dans des constellations d’images qui traversent les cultures et les époques. La croix n’est sans doute pas universelle parce qu’elle signifierait partout la même chose. Elle l’est parce qu’elle répond, sous des formes différentes, à une préoccupation profondément humaine : s’orienter. Organiser l’espace, distinguer des directions, faire émerger un centre, relier des polarités, donner une structure à ce qui, sans cela, demeurerait indifférencié.

L’astrologie participe pleinement de cette logique. Le thème natal n’est pas seulement une représentation du ciel au moment de la naissance ; il est aussi une carte. Et comme toute carte, il a d’abord pour vocation d’orienter. Si le cercle constitue sa figure fondamentale, la croix vient y introduire des axes, des oppositions, des quadrants et transforme un espace continu en un espace structuré, où chaque direction acquiert une signification particulière.

C’est dans cette perspective que prend place, en astrologie humaniste, la croix de la Lune noire. Elle ne consiste pas simplement à ajouter trois points autour de la Lune noire. Elle propose une manière d’organiser quatre pôles d’une même problématique intérieure et, peut-être, une façon de mieux s’y orienter.

Avant d’en explorer la portée symbolique, commençons par comprendre comment cette croix est construite.

L’astrologie n’a évidemment pas attendu la croix de la Lune noire pour faire appel à cette géométrie. Bien au contraire, les croix structurent déjà le thème natal dans son ensemble.

La plus connue est sans doute celle formée par l’Ascendant (AS), le Descendant (DS), le Milieu du Ciel (MC)et le Fond du Ciel (FC). À elle seule, elle organise le thème en quatre quadrants et introduit deux axes majeurs : celui de la relation entre soi et les autres, et celui qui relie les racines à la vocation. D’autres croix apparaissent ensuite au fil de la pratique astrologique, qu’il s’agisse des signes fixes, cardinaux ou mutables, ou encore de constructions plus spécifiques proposées par certains auteurs.

La croix de la Lune noire appartient à cette dernière catégorie et ne constitue pas un élément traditionnel de l’astrologie classique ; elle est plutôt une proposition de lecture symbolique. Elle repose sur une idée simple qui est que la Lune noire ne s’appréhende peut-être pas pleinement lorsqu’elle est considérée seule. Son sens se précise lorsqu’elle est replacée dans un ensemble de quatre points qui dialoguent entre eux.

Cette manière de procéder n’a d’ailleurs rien d’exceptionnel en astrologie. Un symbole prend rarement tout son sens de façon isolée. Une planète s’interprète en fonction de son signe, de sa maison, de ses aspects et un axe révèle davantage qu’un point unique. La croix de la Lune noire s’inscrit dans cette même logique relationnelle.

Reste alors à comprendre comment cette figure est construite, et surtout ce que représentent les quatre directions qu’elle fait apparaître.

En astrologie, la croix de la Lune noire repose sur une construction géométrique relativement simple.

Son premier point est la Lune noire, qui constitue le point de départ de l’ensemble.

Le deuxième est son opposé exact : Priape, situé à 180°. Le nom est une attribution symbolique moderne, en référence au dieu grec Priape, divinité de la fécondité, des jardins et de l’abondance. Cette référence mythologique n’est pas anodine. Là où la Lune noire renvoie traditionnellement à une forme de manque, d’idéal ou de tension intérieure, Priape symbolise le pôle de la manifestation, de la fécondité et de l’incarnation. Les deux ne s’opposent pas tant qu’ils se répondent, chacun révélant une facette complémentaire d’une même dynamique.
Deux autres points viennent ensuite compléter la figure. Ils sont obtenus en traçant les deux carrés de cet axe, c’est-à-dire en ajoutant deux positions situées à 90° et à 270° de la Lune noire. L’ensemble forme alors une croix à quatre directions.

À titre d’illustration, voici deux croix dans le thème natal du peintre Vincent Van Gogh, ci-dessous.

La Croix dont j’ai parlé un peu avant : AS-DS (cyan) et FC-MC (bleu marine) ainsi que la croix de la Lune noire (en noir). Les points en carré, selon les auteurs, prennent différents noms. Dans l’approche développée par Luc Bigé, les deux points situés au carré de la Lune noire sont désignés comme le Point de Soumission et le Point d’Affirmation (ou, pour la croix de la Lune noire moyenne, le Point de Purification et le Point d’Élévation). D’autres auteurs utilisent une terminologie différente ; Point de Concession et Point de Rébellion à la place de Soumission et Affirmation. Signe qu’il n’existe pas de nomenclature universellement admise pour ces deux positions.

D’un point de vue astronomique, ces deux points n’ont pas d’existence propre. Ce sont des constructions géométriques et mathématiques, au même titre que l’Ascendant, le Milieu du Ciel ou les maisons astrologiques. Leur intérêt ne réside donc pas dans une réalité physique, mais dans la fonction symbolique qu’ils remplissent au sein de la figure.

À ce stade, la croix peut être envisagée de deux manières.

La première consiste à considérer les quatre points simultanément. Chacun représente alors une facette particulière de la problématique portée par la Lune noire, et la croix devient une structure de lecture.

La seconde, plus rarement développée, consiste à parcourir ces quatre directions comme les étapes d’un mouvement cyclique. La croix ne décrit plus seulement une organisation de l’espace ; elle devient également une dynamique et c’est cette seconde perspective que je souhaiterais explorer dans la suite de cet article.

Lorsque l’on observe une croix, le regard tend naturellement à embrasser l’ensemble de la figure. Les quatre directions coexistent et forment une structure dans laquelle chaque point existe en relation avec les trois autres. Cette lecture est parfaitement légitime et correspond à la manière dont les croix sont le plus souvent abordées en astrologie.

Pourtant, rien n’empêche de porter un autre regard sur cette même géométrie. Après tout, un cercle peut être parcouru. Une roue tourne, une rose des vents peut servir à tracer un itinéraire. Pourquoi une croix ne pourrait-elle pas alors, elle aussi, être mise en mouvement ? Il ne s’agirait plus alors de considérer les quatre directions simultanément, mais de les parcourir successivement. Ainsi, la croix cesse d’être seulement une figure spatiale et devient, aussi, une figure temporelle.

Cette manière d’envisager les choses n’est d’ailleurs pas étrangère à l’astrologie, surtout humaniste. Les cycles planétaires, les phases de la Lune, les lunaisons progressées, les aspects croissants et décroissants ou encore le cycle des saisons nous invitent déjà à penser les symboles comme des processus plutôt que comme des états figés. Dans cette perspective, la croix de la Lune noire pourrait être lue comme les quatre temps d’un cheminement intérieur.

Cette proposition n’a pas vocation à remplacer la lecture plus classique de la croix et constitue une lecture complémentaire, inspirée de l’importance que l’astrologie humaniste accorde aux cycles et aux processus d’évolution.

Reste alors une question essentielle : dans quel sens parcourir cette croix ?

Toute lecture cyclique suppose, logiquement, un point de départ. Celui-ci n’est jamais totalement absolu et, en soi, un cercle n’a ni commencement ni fin (pas à ma connaissance, en tout cas !). Pourtant, pour le rendre intelligible, nous choisissons toujours une origine : le Bélier ouvre le zodiaque, la Nouvelle Lune inaugure la lunaison, le printemps marque traditionnellement le retour du cycle annuel dans l’hémisphère nord. Ce raisonnement, ou cette manière de fonctionner, en tout cas, me semble logique en ce sens que l’être humain a toujours besoin d’avoir des repères dans l’espace ou dans le temps.

La croix de la Lune noire n’échappe donc pas à cette logique et rien n’interdirait, en théorie, de commencer la lecture par un autre point. Pour autant, choisir la Lune noire comme origine présente une certaine cohérence car c’est elle qui donne son nom à la figure et qui en constitue le foyer symbolique. Cela dit, je reste ouvert à toute autre théorie !

À partir de ce point d’origine, il devient possible de parcourir la croix dans le sens du zodiaque, comme on suit le déroulement d’un cycle. La Lune noire représenterait alors le premier temps de ce processus : celui où émerge une aspiration, une question, un manque, une tension ou un idéal encore largement intérieur ; quelque chose qui cherche à naître, sans avoir encore trouvé la forme qui lui permettra de s’incarner.

Le premier carré constituerait ensuite un moment de confrontation qui s’appuie sur le fait que toute dynamique naissante rencontre tôt ou tard une résistance, un obstacle ou une nécessité d’ajustement. Ce qui relevait jusqu’alors de l’intuition demande désormais à être éprouvé par l’expérience.

L’opposition, symbolisée par Priape, ouvrirait un troisième temps. Le mouvement atteint son point de plus grande extériorisation et ce qui était pressenti au départ cherche désormais une réalisation concrète avec une polarité opposée qui devient pleinement visible, avec les richesses qu’elle apporte autant que les risques d’identification qu’elle comporte.

Enfin, le second carré marquerait une nouvelle phase de transformation. L’expérience acquise appelle alors une intégration plus profonde. Il ne s’agit plus simplement d’agir, mais d’assimiler ce qui a été vécu, comme une transformation, afin que le cycle puisse progressivement revenir à son point d’origine, enrichi par le chemin parcouru.

Dans cette lecture cyclique, la Lune noire constitue le point de départ du mouvement car elle représente le foyer à partir duquel la dynamique se met en marche.

Les interprétations de la Lune noire sont nombreuses et selon les auteurs, elle renvoie au manque, à l’absolu, à une blessure existentielle, à une quête de sens ou encore à un idéal inaccessible. Ces approches ne sont pas incompatibles et décrivent différentes facettes d’une même réalité : la sensation qu’il existe en nous quelque chose qui ne se satisfait pas immédiatement de ce qui est, purement et simplement.

Dans la perspective de l’astrologie humaniste, cette tension n’est pas seulement un problème à résoudre mais peut devenir une force de mise en mouvement. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’aime pas, dans certains courants astrologiques, la qualification de certains aspects comme « négatifs ». C’est précisément parce qu’un écart est ressenti entre la réalité présente et ce qui aspire à advenir qu’un chemin devient possible.

La Lune noire ne désigne donc pas uniquement un vide. Elle indique une direction encore invisible, une intuition qui cherche sa forme, une question qui n’a pas encore trouvé sa réponse et ouvre davantage la porte d’un cycle.

À ce stade, rien n’est encore incarné et l’essentiel appartient au monde des possibles. La dynamique existe déjà, mais elle demeure intérieure, parfois confuse, parfois exigeante, souvent difficile à nommer et c’est pourtant d’elle que naîtra progressivement tout le reste du parcours.

Tout mouvement intérieur finit un jour par rencontrer le monde ; un peu comme un bébé qui fait sa vie dans le liquide amniotique et qui, un jour, doit bien sortir et rencontrer le monde extérieur (petit clin d’oeil à ce film, avec Kirstie Alley et John Travolta Allô Maman, ici bébé !).

Si la Lune noire représente l’appel, le premier carré marque le moment où celui-ci ne peut plus demeurer une simple intuition. Il cherche désormais à prendre corps dans l’expérience ; et donc dans sa confrontation avec le réel. Cette confrontation constitue une étape naturelle de tout processus d’évolution : une idée doit être éprouvée, un idéal doit rencontrer ses limites et une aspiration doit accepter de composer avec les conditions concrètes de l’existence.

L’astrologie humaniste accorde une place particulière aux carrés. Loin d’être uniquement des aspects de tension, ils représentent souvent des moments de croissance. Ils obligent à quitter une position devenue insuffisante pour développer de nouvelles ressources et le mouvement initié par la Lune noire ne fait pas exception.

Dans cette perspective, le premier carré pourrait symboliser la première véritable mise à l’épreuve de l’appel intérieur. Ce qui semblait évident sur le plan intuitif rencontre désormais des résistances, des contraintes, parfois des doutes. L’objectif est alors de gagner en consistance. Le réel agit ici comme un révélateur et distingue peu à peu ce qui relève d’un idéal fécond de ce qui appartient encore à l’imaginaire, à la projection ou à l’illusion.

Après l’appel de la Lune noire et la mise à l’épreuve du premier carré, le mouvement atteint son point d’opposition : Priape.

Dans une lecture cyclique, Priape représente alors le moment où ce qui était encore intérieur trouve enfin une forme d’incarnation. L’élan initial s’est confronté au réel, il a été transformé par cette rencontre, et il devient désormais visible, agissant, parfois même fécond.
Attention, toutefois car toute incarnation possède son revers. Lorsqu’une aspiration prend corps, il devient tentant de s’identifier entièrement à ce qu’elle produit. L’expérience peut alors se refermer sur elle-même, comme si sa réalisation constituait un aboutissement définitif. Or un cycle ne s’arrête jamais à son point culminant.

Priape ne représente donc pas une destination finale, mais un sommet provisoire, une étape sur le chemin. Ce qui a été vécu demande encore à être compris, intégré et transformé et l’expérience ne prend tout son sens qu’à la condition de continuer sa route.

Sous cet angle, l’opposition devient un moment de pleine manifestation, où l’intuition de départ se révèle dans toute sa richesse, mais aussi dans ses limites. Ce qui était invisible est désormais visible. Reste à découvrir ce que cette expérience est venue enseigner.

Après le temps de l’incarnation vient celui de l’intégration.

L’expérience a eu lieu. Elle a produit ses effets, ses réussites, ses déceptions, ses découvertes. Pourtant, tout n’est pas encore achevé et ce qui a été vécu demande désormais à être assimilé.

Dans une lecture cyclique, le second carré ne constitue pas un retour en arrière. Il ouvre un nouveau travail où l’action cède progressivement la place à la compréhension. Ce qui importait auparavant était de faire l’expérience ; il s’agit maintenant d’en dégager le sens. Cette étape conduit souvent à revisiter certaines certitudes où tout ce qui apparaît évident au moment de l’incarnation révèle parfois ses limites. Cette phase prépare ainsi le retour vers la Lune noire pour habiter son point de départ autrement. Le manque initial, l’idéal ou l’appel qui avaient mis le mouvement en marche sont désormais éclairés par tout ce qui a été traversé.

Le cycle peut alors recommencer parce que chaque passage transforme celui qui l’accomplit et la même question se présente parfois de nouveau, mais celui qui la rencontre n’est plus tout à fait le même. La croix révèle ainsi une dynamique qui dépasse largement la seule Lune noire et rappelle qu’en astrologie, les symboles ne décrivent pas seulement des états.

La croix de la Lune noire ne remplace ni l’interprétation de la Lune noire, ni celle de l’axe des nœuds lunaires, ni l’étude des régents karmiques. Elle leur apporte un éclairage complémentaire. Là où ces différents outils permettent notamment de comprendre les enjeux d’évolution d’une personne, la croix invite à porter l’attention sur la manière dont cette évolution est en train de se déployer.

Dans la lecture proposée ici, elle offre une grille de lecture dynamique qui permet de s’interroger sur le mouvement à l’œuvre : la personne est-elle encore portée par un appel intérieur ? Traverse-t-elle une phase de confrontation avec le réel ? Est-elle dans un temps d’incarnation ou d’intégration ? Ainsi, la croix devient ainsi un repère pour accompagner un processus de transformation.

Avant de refermer cette réflexion, une précision me semble importante.

Tout au long de cet article, j’ai choisi d’explorer la seconde manière d’aborder la croix de la Lune noire : celle qui consiste à la parcourir comme une dynamique, en suivant les quatre étapes d’un mouvement. 

Cette perspective fait actuellement l’objet d’un important travail de recherche et d’écriture mené par ma mère, Jacqueline Boilot. Son prochain livre-séminaire, consacré à la croix de la Lune noire, développera précisément cette dynamique, en approfondissant la symbolique propre à chacun des quatre pôles et leurs interactions. Ayant la chance de suivre ce travail au fil de son élaboration, je peux déjà dire qu’il constitue, selon moi, une contribution particulièrement stimulante à la compréhension de cette figure !

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