Imaginez…
Une femme d’une cinquantaine d’années. On va l’appeler Claire (prénom inventé pour l’occasion). Claire est quelqu’un de compétent, elle est appréciée professionnellement au point que son employeur lui fait part d’une promotion.
Mais Claire recule et sabote plus ou moins inconsciemment cette opportunité.
En parallèle de sa vie professionnelle, Claire rencontre souvent des partenaires indisponibles.
Et puis, il y a aussi cette étrange phrase qu’elle a toujours entendue. Depuis son enfance. Ça remonte à si loin qu’elle serait bien incapable de se souvenir de la première fois où elle a entendu cette phrase : « Dans notre famille, il faut rester à sa place. ». Pas plus par qui elle a été originellement prononcée. Sa mère ? Sa grand-mère ? Ou peut-être même quelqu’un avant elles ?
Ce qui est sûr, c’est que cette phrase est devenue une évidence silencieuse, omniprésente, omnipotente. Une loi, même, fut-elle une loi intérieure (et intériorisée).
Consciemment ou pas, Claire se remémore quelques histoire familiales, notamment une arrière-grand-mère brillante qui n’a jamais pu poursuivre ses études ainsi qu’une grand-mère qui avait renoncé à son activité professionnelle après son mariage et enfin une mère qui a plusieurs fois refusé des promotions.
Chaque histoire est différente, bien sûr.
Chaque contexte est différent aussi.
Il n’empêche, c’est troublant… Comme une histoire qui semble s’être transmise au fil du temps et des générations.
Mais quoi exactement ?
Que fait-on lorsque certaines situations semblent se répéter d’une génération à l’autre ?
La psychologie transgénérationnelle propose plusieurs pistes de réflexion. Certaines approches astrologiques se sont également intéressées à cette question. C’est ce que l’on appelle aujourd’hui l’astrologie transgénérationnelle.
Qu’est-ce que l’astrologie transgénérationnelle ?
Après avoir évoqué Claire et les répétitions qui semblent traverser sa lignée familiale, une question peut venir à l’esprit : comment comprendre ces phénomènes ?
Depuis plusieurs décennies, psychologues, thérapeutes et chercheurs s’intéressent à la manière dont certains événements, croyances ou comportements paraissent se transmettre d’une génération à l’autre. De ces réflexions sont nés différents courants, parmi lesquels la psychogénéalogie, l’analyse transgénérationnelle ou encore certaines approches systémiques de la famille.
L’astrologie ne s’est pas tenue à l’écart de ces questionnements. En France, les travaux de Martine Barbault puis de Catherine Gestas ont largement contribué à structurer ce que l’on appelle aujourd’hui l’astrologie transgénérationnelle. Leur démarche repose sur une idée simple : aucun être humain ne naît dans un vide. Chacun s’inscrit dans une histoire familiale qui le précède.
Dans cette perspective, le thème natal peut être lu non seulement comme le reflet d’une personnalité ou d’un potentiel d’évolution, mais aussi comme l’expression symbolique d’un héritage familial et générationnel. L’astrologie transgénérationnelle cherche ainsi à éclairer certaines répétitions, fidélités invisibles ou transmissions psychiques qui peuvent se manifester au cours d’une existence.
Il convient toutefois de préciser qu’elle ne prétend ni reconstituer l’histoire familiale ni révéler avec certitude des événements passés. Elle propose plutôt un cadre symbolique (comme toujours !) Qui permet d’explorer des hypothèses et de porter un regard nouveau sur certains schémas récurrents.
Et puis si l’on parle souvent des blessures, des secrets ou des traumatismes transmis, il existe aussi des héritages plus lumineux : des talents, des valeurs, des aptitudes ou des formes de courage qui traversent parfois plusieurs générations avant de trouver une nouvelle expression.
Nous héritons tous d’une histoire familiale

Notre protagoniste, Claire, ignore encore pourquoi elle renonce régulièrement à certaines opportunités. Pourtant, lorsqu’elle évoque son histoire familiale, quelques phrases reviennent au moins très souvent si ce n’est toujours : « Il ne faut pas attirer l’attention sur soi », « Mieux vaut être prudent » ou encore « Les femmes de la famille ont toujours dû se débrouiller seules ».
Au fil du temps (et des générations), ces phrases participent, de façon non exclusive, à ce que certains auteurs nomment le roman familial : cet ensemble de récits, de croyances et de représentations qui façonnent l’identité d’une famille et influencent la manière dont ses membres se perçoivent et perçoivent le monde.
À côté des transmissions conscientes existent également des phénomènes plus discrets voire pernicieux que les spécialistes du transgénérationnel ont notamment appelé les fidélités invisibles. Celles-ci désignent la manière dont un individu peut, souvent à son insu, demeurer loyal à son histoire familiale en reproduisant certaines croyances, certains comportements ou certains choix de vie.
Ces fidélités ne sont ni positive ni négative en elle-même et ne font finalement que participer au sentiment d’appartenance et à la continuité de l’histoire familiale ; en un sens, on pourrait dire que l’histoire s’autoprotège puisque la continuité évite la rupture et ce mécanisme conduit à porter des charges qui ne nous appartiennent pas entièrement.
C’est dans cet espace, situé entre héritage familial et liberté individuelle, que l’astrologie transgénérationnelle cherche à apporter son éclairage.
Comment l’astrologie transgénérationnelle aborde-t-elle ces questions ?
Si l’on reprend l’exemple de Claire, on peut se demander comment un thème natal pourrait dire quelque chose d’une histoire familiale qui a commencé bien avant sa naissance ?
La réponse mérite quelques précautions, au moins sur le plan de l’épistémologie et de l’éthique de la consultation. L’astrologie transgénérationnelle ne prétend ni reconstituer l’histoire d’une famille, ni révéler avec certitude des événements passés. Le thème natal permet « simplement » d’explorer certaines hypothèses, certaines résonances ou certaines problématiques qui semblent se transmettre d’une génération à l’autre.
Au fil du temps et des générations, différents auteurs ont proposé plusieurs portes d’entrée pour explorer cette dimension transgénérationnelle du thème : certaines maisons, les planètes lentes et leurs cycles, les rétrogradations, les répétitions symboliques ou encore les liens entre plusieurs thèmes appartenant à une même famille.
L’astrologie transgénérationnelle ne constitue donc pas une méthode unique. Elle rassemble plusieurs approches qui cherchent à comprendre comment l’histoire familiale peut trouver une expression symbolique dans un thème natal. Les travaux de Martine Barbault et de Catherine Gestas, auprès de laquelle j’ai eu la chance de me former pendant deux ans, s’inscrivent dans cette perspective.
Parmi les outils qu’elles ont largement contribué à populariser figure le triangle ancestral.
Le triangle ancestral : un outil précieux, mais pas le seul
Le triangle ancestral doit son nom aux trois maisons astrologiques qui le composent : les maisons IV, VIII et XII. Depuis les travaux de Martine Barbault et de Catherine Gestas, il est devenu l’un des outils les plus connus de l’astrologie transgénérationnelle.
Pourquoi ces trois maisons ? Parce qu’elles entretiennent chacune un lien particulier avec l’héritage familial et les dimensions les plus profondes de l’expérience humaine.
La maison IV renvoie aux racines, aux origines et au sentiment d’appartenance à une lignée.
La maison VIII évoque les transmissions, les héritages et les transformations qui circulent parfois d’une génération à l’autre.
Quant à la maison XII, elle est traditionnellement associée à l’inconscient et à ce qui échappe en partie à la conscience ordinaire.
Pour autant, il convient de rester prudent puisque la présence d’une planète dans l’une de ces maisons ne constitue pas une preuve de transmission particulière et vice-versa. Tout être humain hérite d’une histoire familiale ; la question est moins de savoir si cet héritage existe que de comprendre comment il s’exprime.
Dans la pratique, l’astrologue ne se limite d’ailleurs pas à observer ces trois maisons. Les signes présents sur leurs cuspides, leurs maîtres, les aspects, les rétrogradations ou encore les cycles des planètes lentes peuvent également apporter des éléments de réflexion.
Le triangle ancestral constitue donc une porte d’entrée particulièrement utile, mais il ne résume pas à lui seul toute l’astrologie transgénérationnelle. Réduire cette approche à ces trois maisons reviendrait à passer à côté d’une grande partie de sa richesse et de sa complexité.
Hériter d’une blessure… ou d’un talent ?
Lorsqu’on découvre l’astrologie transgénérationnelle, il est facile d’avoir l’impression que l’histoire familiale ne transmet que des difficultés. Les ouvrages et les consultations abordent souvent, et à juste titre, selon moi, les secrets de famille, les traumatismes, les deuils non résolus ou les répétitions de schémas. Il est essentiel de ne pas nier ces réalités. Pourtant, à force de regarder ce qui a été blessé, nous risquons parfois d’oublier une autre dimension de l’héritage familial.

Reprenons l’exemple de Claire.
En regardant de plus près les difficultés rencontrées par ses ancêtres, Claire découvre également autre chose : des femmes courageuses, capables de s’adapter aux difficultés, de protéger leur famille et de poursuivre leur chemin malgré les obstacles. Elle découvre une autonomie, un goût de l’apprentissage (autodidacte) et une créativité qui semblent eux aussi avoir traversé les générations.
Dans la vision que j’ai, de l’astrologie transgénérationnelle (et je ne suis pas le seul), il me semble essentiel d’avoir à l’esprit la question des ressources ; celles de la lignée comme les siennes propres. Car si certaines blessures se transmettent, les ressources le peuvent également. Une famille lègue des difficultés, mais aussi des valeurs, des savoir-faire, des qualités humaines et parfois même des aspirations qui cherchent encore à trouver leur pleine expression.
Dans cette perspective, l’astrologie transgénérationnelle peut également aider à reconnaître ce qui nous a été confié. Quels talents ont circulé dans cette lignée ? Quelles forces ont permis aux générations précédentes de traverser les épreuves ? Quels élans cherchent aujourd’hui à poursuivre leur chemin à travers nous ?
Car l’héritage familial comprend aussi ce qui soutient, nourrit et accompagne.
Ce que l’astrologie transgénérationnelle n’est pas
Lorsqu’on découvre l’astrologie transgénérationnelle, il peut être tentant de lui attribuer des pouvoirs qu’elle ne possède pas. Après tout, si elle s’intéresse aux transmissions familiales et aux répétitions générationnelles, ne pourrait-elle pas révéler des secrets oubliés ou expliquer avec certitude certaines souffrances ?
La prudence invite à répondre par la négative.
L’astrologie transgénérationnelle ne permet ni de reconstituer l’histoire d’une famille, ni d’établir avec certitude des événements passés. Elle offre juste un langage symbolique à partir duquel l’astrologue formule des hypothèses et ouvre des pistes de réflexion.
Les questions transgénérationnelles touchent souvent à des sujets sensibles et le risque existe toujours de vouloir, par exemple, transformer une interprétation en certitude ou encore de chercher à tout prix une explication familiale à chaque difficulté rencontrée.
Une autre confusion fréquente consiste à considérer l’héritage familial comme un destin. Pourtant, observer une répétition ne signifie pas qu’elle doive se poursuivre. Identifier une fidélité familiale ne signifie pas qu’elle soit immuable et le thème natal met parfois en lumière certaines dynamiques ou certains questionnements, mais ce que chacun en fait lui appartient.
L’histoire familiale constitue une influence parmi d’autres et mérite d’être explorée sans être surestimée ; et réduire une personne à son héritage serait aussi réducteur que l’ignorer complètement.
L’astrologie transgénérationnelle me semble donc gagner à être abordée comme un outil de compréhension plutôt que comme une grille explicative universelle. Elle peut éclairer certaines récurrences et ouvrir des questionnements féconds, mais elle ne remplace ni le discernement, ni l’écoute, ni la complexité du réel.
Questions d’éthique : accompagner sans enfermer

Les questions transgénérationnelles, en abordant l’histoire familiale, les origines et les liens qui nous unissent à ceux qui nous ont précédés, touchent à quelque chose d’intime et demandent donc une prudence particulière ; ainsi que le respect qui l’accompagne.
Lorsqu’une personne consulte, elle arrive avec son histoire, ses souvenirs, ses interrogations, mais aussi avec sa propre représentation de sa famille. Entre ce qui est connu, ce qui est supposé et ce qui est imaginé, les frontières sont parfois plus floues qu’il n’y paraît.
Dans ce contexte, l’astrologue porte une responsabilité qui dépasse la simple interprétation technique d’un thème natal. Les symboles astrologiques sont riches de sens et une même configuration peut s’exprimer de multiples façons. Cette richesse est précieuse, mais elle impose également une forme d’humilité.
Le risque existe toujours de projeter sur le thème ce que l’on s’attend à y trouver, de transformer une hypothèse en certitude ou de vouloir combler les zones d’ombre par des récits impossibles à vérifier. C’est pourquoi une consultation transgénérationnelle ne devrait jamais chercher à imposer une vérité, mais plutôt proposer des pistes de réflexion que chacun demeure libre d’explorer, de nuancer ou d’écarter.
L’éthique de l’accompagnement consiste alors à aider la personne à mieux comprendre son histoire sans l’y enfermer et à inviter le consultant à se demander ce qu’il choisit de faire de ce qu’il a reçu.
Une histoire qui continue de s’écrire

Nous naissons tous au sein d’une histoire déjà commencée. Nous ne venons pas du vide.
Bien avant notre naissance, des femmes et des hommes ont aimé, espéré, construit, renoncé, traversé des épreuves, pris des décisions dont les conséquences continuent parfois de se faire sentir plusieurs générations plus tard. Qu’elles soient conscientes ou non, ces histoires participent à façonner le terreau dans lequel chacun d’entre nous grandit et se construit.
L’astrologie transgénérationnelle propose une manière particulière d’explorer cet héritage car ce que nous recevons de notre famille ne se limite jamais à des blessures ou à des difficultés. Nous héritons également de ressources, de valeurs, de talents, de formes de courage et de créativité qui ont parfois traversé les générations avant de parvenir jusqu’à nous.
Entre fidélité et liberté, entre héritage et devenir, chaque existence, chaque individu, écrit sa propre réponse.
Il me tenait aussi à coeur d’aborder, dans ce domaine singulier du transgénérationnel, la question du pardon. Je trouve, à titre personnel, que ce mot est fortement connoté d’un point de vue psychosocial. Disons-le clairement, avec une charge religieuse. Or nous n’avons pas tous le même rapport (ni la même définition, d’ailleurs) à la religion. Chacune et chacun est libre de ses croyances et convictions, religieuses, athées, laïques.
Je trouve qu’il est parfaitement humain et légitime d’avoir, quand c’est le cas, de la rancoeur voire même de la haine (cette dernière est très souvent maltraitée et on oublie trop souvent que la haine est une émotion humaine, qu’on l’aime ou pas, qu’on en soit partisan ou pas) vis-à-vis de celles et ceux qui nous ont précédés. Ce besoin d’en vouloir est aussi nécessaire pour « tenir » et pour avancer aussi à sa façon.
Pour autant, cette question du pardon me semble importante mais en la détachant de cette (fidélité ? 🙂 à la religion si l’on n’est pas sensible à cette dernière. Si en vouloir peut aider pendant un certain temps (des années, des décennies, toute une vie…), ces mêmes ressentiments peuvent aussi être un poison intérieur qui coule dans nos veines et finalement nous pourrir la vie autant qu’ils nous aident à avancer.
Bien sûr, chacune et chacun reste libre de faire ce chemin comme bon lui semble. Aucun jugement à porter.
Tout ça pour dire que commencer un travail transgénérationnel peut être exigeant d’une certaine façon et nous demander de pardonner que ce soit à soi-même comme aux membres de notre famille, qu’ils soient encore en vie ou pas. Ce type de travail, sur soi mais aussi sur sa famille passée, présente et future, peut aussi surprendre ; de par la transformation induite de ce chemin familial et temporel.
