Suite de la partie 2 que vous pouvez retrouver ici ; ainsi que la partie 1.
Maintenant, quelles différences entre nos trois Lunes Noires ?
Commençons par la Lune Noire moyenne
Elle est aussi appelée Licorne par certains auteurs (dont ma mère).
La Lune noire dite moyenne repose sur un choix mathématique clair : on décide de lisser le mouvement. Concrètement, on suppose que l’apogée lunaire, c’est-à-dire le point où la Lune est la plus éloignée de la Terre, avance à vitesse constante le long du zodiaque. Cela revient à remplacer un mouvement irrégulier par une fonction régulière du temps. On obtient ainsi une progression uniforme. Mathématiquement, c’est une approximation linéaire d’un phénomène beaucoup plus complexe. Elle a l’avantage d’être stable et facile à manipuler, mais elle ne coïncide pas exactement avec la position réelle de l’apogée.
En astrologie humaniste, on peut considérer que la Lune Noire moyenne renvoie à un absolu intérieur.
La Lune Noire vraie
La Lune noire dite vraie adopte une autre approche. Elle ne cherche pas à simplifier, mais à suivre le mouvement tel qu’il est. Or ce mouvement est le résultat de nombreuses perturbations gravitationnelles. Si l’on voulait l’écrire de manière rigoureuse, il faudrait utiliser une somme de termes périodiques, une série trigonométrique qui tient compte des influences du Soleil et des variations de l’orbite lunaire. Dans ce cadre, la position de l’apogée devient une fonction du temps non linéaire, avec des accélérations et des ralentissements. Le point avance, mais de manière irrégulière. Il peut même, à certains moments, sembler reculer légèrement dans le zodiaque. On n’est plus dans une progression simple, mais dans une oscillation autour d’une tendance générale.
La Lune Noire corrigée
Elle est aussi appelée Lilith par certains auteurs (dont ma mère).
Ce terme de Lune noire « corrigée » en est un de plus, qui complique encore la lecture. Car il ne correspond pas à une définition unique. Dans certains cas, il désigne simplement la Lune noire vraie, comme si l’on avait corrigé la version moyenne pour la rendre plus fidèle au réel. Mais dans d’autres approches, il renvoie à une construction légèrement différente : non plus l’apogée lui-même, mais le second foyer de l’ellipse. Mathématiquement, ce n’est pas la même chose. L’apogée est un point de l’orbite, situé à une distance maximale du foyer occupé par la Terre. Le second foyer, lui, est un point interne à la structure de l’ellipse, déterminé par son excentricité. Les deux sont alignés dans la même direction, ce qui explique qu’ils donnent la même longitude zodiacale vue depuis la Terre, mais ils ne coïncident pas dans l’espace.
En astrologie humaniste, on peut considérer que la Lune Noire corrigée met en lumière les répercussions concrètes de l’absolu exprimé par la Lune Noire moyenne.
Dane Rudhyar fait-il une différence symbolique entre les différentes Lunes Noires ? Pas vraiment. Pas plus que Stephen Arroyo et Alexander Ruperti.
Pas à ma connaissance en tout cas.
On peut supposer que dans l’astrologie humaniste, cette distinction n’a pas vraiment de sens. On ne travaille pas à partir d’une multiplication des objets ou des variantes techniques. Ce qui est visé, c’est plutôt de comprendre la fonction symbolique d’un facteur, indépendamment des raffinements de calcul.
Autrement dit, ce qui nous intéresse dans cette astrologie, ce n’est pas tant de savoir quelle version de la Lune noire est la plus « exacte » d’un point de vue astronomique (ou même astrologique, d’ailleurs !), mais ce que ce point (mathématique, n’oublions pas) représente dans la dynamique d’un thème astrologique. Un symbole astrologique n’a de sens que dans la mesure où il s’inscrit dans une totalité cohérente. Multiplier les variantes d’un même point risquerait, dans cette logique, de fragmenter la lecture plutôt que de l’éclairer.
En somme, peu importe la méthode de calcul si la fonction symbolique reste la même. La question devient alors moins « quelle Lune noire utiliser ? » que « que représente ce point dans l’économie du thème ? ». C’est en tout cas l’interprétation que je fais de l’absence de théorisation symbolique des Lunes Noires, une par une, dans l’astrologie humaniste.
Les Noeuds lunaires
Nous arrivons (enfin ? Ou enfin !) plus ou moins à la fin de ce billet de blog. J’ai bien dit, plus ou moins.
J’ai volontairement abordé les Lunes Noires avant les Noeuds lunaires. Le plus difficile en premier, duquel peut découler, je l’espère en tout cas, une compréhension plus facile pour la suite.
Les Noeuds lunaires ont un point en commun avec les Lunes Noires : dans les deux cas, il s’agit de points mathématiques et non de corps célestes solides.
Pour autant, s’il s’agit de points mathématiques dans les deux cas, il y a un petit changement de regard (ce serait trop facile, sinon !).
Avec la Lune noire, on s’intéresse à la forme de l’orbite lunaire (son ellipse, son apogée, ses foyers). Avec les Nœuds lunaires, on ne regarde plus la forme, mais l’orientation de cette orbite dans l’espace.
La Lune tourne autour de la Terre dans un plan incliné par rapport au plan dans lequel la Terre tourne autour du Soleil (ce qu’on appelle l’écliptique). Ces deux plans se coupent selon une ligne. Et cette ligne d’intersection définit deux points précis : les Nœuds lunaires.
- Le Nœud nord (NN) est le point où la Lune passe du sud vers le nord du plan de l’écliptique ;
- Le Nœud sud (NS) est le point opposé, où elle redescend du nord vers le sud.
Ces points ne sont donc pas liés à une distance (comme l’apogée), mais à un passage, à un franchissement de plan.
Mathématiquement, on peut dire ceci :
- la Lune décrit une orbite dans un plan incliné ;
- la Terre (ou le Soleil vu depuis la Terre) définit un autre plan ;
- les nœuds sont les solutions de l’équation d’intersection de ces deux plans.
Autrement dit :
- les nœuds existent parce que deux géométries se croisent.
- On retrouve ici une idée similaire à celle des Lunes Noires : ce n’est pas un objet qui se déplace, mais une structure qui évolue, et dont on suit la projection.
Comme pour la Lune noire, ces points ne sont pas fixes. Le plan de l’orbite lunaire se déplace lentement dans l’espace. Cette rotation entraîne un déplacement des nœuds le long du zodiaque. Ce mouvement est rétrograde (ils reculent dans le zodiaque) et fait un tour complet en un peu plus de 18 ans. C’est pour cette raison que, lorsqu’on étudie les Noeuds lunaires, on va parler de moments particulièrement significatifs qu’on va appeler :
- L’inversion des Noeuds (par « tranches de 9 ans » environ, c’est-à-dire la moitié du chemin). Le NS se retrouve à la position du NN et inversement ;
- Le retour des Noeuds (tous les 18 ans environ), le NN revient à sa position initiale. Idem côté NS.
Réponse à la question initiale
Question que je remets ci-dessous :
Comment détermine-t-on la planète lente (pour définir par exemple si le carré est croissant ou décroissant) quand on regarde un aspect avec la lune noire, Chiron ou les nœuds ? On considère qu’ils sont fixes et que c’est la planète (ici le soleil) qui est la plus rapide ?
Encore une fois, c’est une question (qui en comprend plusieurs) que je trouve vraiment excellente !
La réponse doit, d’une part, éviter une simplification trop rapide (d’où une réflexion méthodique et rigoureuse en amont) et, d’autre part, donner des repères qui puissent être exploitables.
Dire « on considère ces points comme fixes » est pratique, mais inexact.
Dire « on applique la même logique que pour les planètes » paraît cohérent, mais ne tient pas toujours.
Il faut donc préciser ce qui change.
Entre planètes
Quand on travaille avec deux planètes, la règle est claire : on identifie la plus lente, et on observe comment la plus rapide se déplace par rapport à elle. La notion de croissant ou décroissant repose sur une dynamique réelle entre deux corps en mouvement, mais aussi, pour ce qui est de l’astrologie humaniste, sur une idée de cycle de développement. Entre la conjonction et l’opposition, quelque chose émerge, se différencie, se tend vers un accomplissement. Après l’opposition, ce même contenu entre dans une phase d’intégration, de redistribution, parfois de remise en question. Cette lecture s’inspire directement du cycle solilunaire (Soleil-Lune), où la croissance et la décroissance sont visibles dans la lumière.
Dès que l’on introduit la Lune noire, les nœuds lunaires ou même Chiron, la situation n’est plus vraiment la même.
Avec les Noeuds lunaires et les Lunes Noires
Les Noeuds lunaires et la Lune Noire ne sont pas des corps. Ce sont des points calculés, des points mathématiques. Ils ont bien un mouvement, mais ce mouvement est dérivé. On ne peut donc pas les traiter exactement comme des planètes, même s’ils ont une position et une vitesse apparente dans le zodiaque.
Mais, alors, comment faire ?
Je pense qu’on peut répondre de plusieurs façons ou, en tout cas, selon différentes perspectives.
La première, la plus rigoureuse, selon moi, sur le plan conceptuel, consiste à dire que la notion de planète lente n’est pas vraiment applicable ici. La distinction croissant/décroissant devient alors discutable, et on peut choisir de ne pas l’utiliser.
La deuxième, plus technique, consiste à rester fidèle à la géométrie. On observe simplement l’évolution de l’angle entre les deux facteurs, sans chercher absolument une « planète lente ». On regarde si l’angle augmente ou diminue dans le temps.
La troisième, qui me semble la plus pragmatique : on prend le point mathématique comme référence structurelle, et la planète comme facteur dynamique. Dans ce cadre, on considère que c’est la planète (par exemple le Soleil) qui « fait le mouvement » et qui définit la phase.
Il faut toutefois garder à l’esprit que nous sommes ici dans le cadre de l’astrologie humaniste et qui dit astrologie humaniste dit symbolique.
Dans la pensée de Dane Rudhyar, un cycle n’est pas seulement une variation d’angle. C’est un processus de transformation du sens.
La phase croissante de l’aspect correspond à une extériorisation, une mise en forme, une projection dans le monde.
La phase décroissante de l’aspect correspond à une intériorisation, une réévaluation, une redistribution de l’expérience.
Or les nœuds lunaires et la Lune noire ne représentent pas des fonctions qui « évoluent » dans ce sens.
Les nœuds décrivent un axe d’orientation, une direction d’expérience, un passage.
La Lune noire renvoie à une zone de tension ou de non-coïncidence, quelque chose qui échappe à la logique linéaire du développement.
Dans ce contexte, appliquer la distinction croissant/décroissant revient à projeter une logique cyclique de développement sur des points qui relèvent plutôt d’une structure ou d’un axe.
On peut le faire. Mais il faut alors reformuler ce que cela signifie.
Avec deux planètes, un carré croissant décrit une tension en train de se construire entre deux fonctions.
Avec une planète et un nœud ou une Lune noire, un « carré croissant » décrit plutôt la manière dont la planète entre progressivement en relation avec un axe ou une problématique déjà présente. À l’inverse, un aspect décroissant pourrait indiquer une phase d’intégration ou de repositionnement par rapport à cet axe.
On sort de la perspective cyclique pour aller vers une rencontre entre une fonction vivante et une structure de sens.
Avec Chiron
Enfin, pour ce qui est de Chiron, on change de registre, mais pas complètement de logique.
Contrairement à la Lune noire ou aux nœuds, Chiron est bien un corps céleste réel. Il possède une orbite, une masse, une trajectoire mesurable. On peut donc, en toute rigueur, lui appliquer les outils classiques de l’astrologie : vitesse, aspects, phases, et donc aussi la distinction croissant/décroissant.
Sur le plan technique, il n’y a pas d’obstacle.
On peut déterminer quelle planète est la plus lente, observer l’évolution de l’angle, et situer l’aspect dans un cycle.
Mais là encore, la question n’est pas seulement technique.
Chiron n’est pas une planète « comme les autres ». Son orbite est très particulière : elle est elliptique, elle est instable et elle est située entre Saturne et Uranus. Il appartient à la catégorie des centaures, ces objets qui circulent dans une zone de transition du système solaire. Déjà, astronomiquement, il occupe une position intermédiaire.
Symboliquement, cette position se retrouve.
Chiron est souvent associé à une zone de passage, à une faille, à une blessure qui oblige à un déplacement intérieur. Il ne décrit pas seulement une fonction qui se développe dans le temps, mais un point de friction qui appelle une transformation.
Avec deux planètes, la distinction croissant/décroissant décrit un moment dans un cycle de développement entre deux fonctions.
Avec Chiron, même si la mécanique fonctionne, la lecture gagne à être légèrement déplacée.
Un aspect croissant avec Chiron pourra être compris comme une mise en tension progressive avec cette zone sensible, une confrontation qui se construit, parfois sans que l’on en ait encore pleinement conscience.
Un aspect décroissant pourra davantage évoquer une phase d’intégration, de compréhension, voire de transmission de ce qui a été traversé.
Mais dans les deux cas, on ne décrit pas seulement un cycle.
On décrit une expérience de passage.
Autrement dit, Chiron accepte la logique des cycles…mais ne s’y réduit pas.
On peut donc, là aussi, appliquer les outils classiques, parce qu’il est un corps réel.
Mais si l’on s’en tient uniquement à ces outils, on risque de manquer ce qu’il introduit de spécifique : une rupture dans la continuité, une invitation à transformer une blessure en ressource.
Voilà pour ce très long billet de blog scindé en 3 parties mais qui, je l’espère, répondra à beaucoup d’interrogations que l’on peut avoir sur le sujet !
