Des vies antérieures à l’astrologie, y a-t-il un mode d’emploi pour l’âme ?

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Vous êtes-vous déjà demandé si votre peur inexplicable des pigeons venait d’un traumatisme médiéval ?
 Ou si votre attirance irrésistible pour les encens (ça me va bien, ça !), les carnets en cuir (ça aussi) et les discussions existentielles (décidément…) ne cachait pas une petite âme vieille de quelques siècles ?

Note personnelle : visiblement, je dois être très, très, très vieux ! Bien que je n’ai qu’une planète rétrograde et qui passera directe…à mes 92 ans (sic) !

Bienvenue dans le monde fabuleux de l’astrologie karmique — là où votre thème natal pourrait bien contenir les vestiges de vos précédents épisodes de la série : « Moi, version 1.0, 2.0, 3.0… ».
Mais attention, ne rangez pas trop vite votre libre arbitre au placard ! L’astrologie humaniste, elle, arrive avec ses lunettes bienveillantes et son mantra favori : « Tu n’es pas ce qui t’est arrivé, tu es ce que tu choisis de devenir. »

Hélas, en notre époque troublée, les clivages pullulent, et la vision manichéenne, réductrice, qui les sous-tend, s’impose avec fracas, quel que soit le sujet abordé. L’astrologie n’y échappe pas. Astrologie tropicale vs astrologie sidérale ; astrologie karmique et astrologie humaniste sans oublier l’astrologie prévisionnelle. Or je pense qu’il est important d’aller chercher ce qui se cache entre le noir et le blanc et de dépasser cette dualité.

J’avais donc envie, dans cet article, d’apporter mon regard, qui n’en est qu’un parmi d’autres, pour voir que ces deux courants ne sont pas en guerre des étoiles. Au contraire, ils pourraient bien former une équipe de choc pour accompagner votre évolution intérieure avec un peu de conscience, beaucoup de symboles…et quelques clins d’œil cosmiques.

Âme et astrologie karmique, est-ce la même chose ?

Ah, très bonne question ! Je ne me risquerai pas à « définir » l’âme aujourd’hui… Je ne m’en tiendrai pour le moment qu’à l’astrologie karmique mais à défaut d’apporter une garantie d’équivalence entre les deux dans ce billet de blog, je dirais que les deux sont fortement liés.

L’astrologie karmique part du principe que notre incarnation actuelle n’est qu’un chapitre d’un grand livre existentiel. Elle s’appuie sur des concepts issus de traditions orientales (hindouisme et bouddhisme notamment), intégrés à la pratique astrologique occidentale depuis le XXe siècle.
Son objectif ? Comprendre les mémoires de vies passées, identifier les dettes ou les dons hérités, et accompagner les grandes leçons de transformation que l’âme souhaite intégrer dans cette vie.

Comme l’écrit Sylvie Chermet-Carroy :

« L’âme s’incarne pour évoluer tout doucement. Cela explique que la personnalité “d’avant”, soit encore présente au fond de soi. On la retrouve par des tendances, un comportement qui nous paraît naturel mais qui parfois est inadapté au groupe social ou à la civilisation dans laquelle
on s’est réincarné.. »

Chermet-Carroy, S. (1995). L’astrologie karmique et les métamorphoses de l’âme.
Éditions Guy Trédaniel.

Les nœuds lunaires forment l’axe central (non exclusif) de cette astrologie : le nœud sud (NS) symbolise les acquis d’hier, parfois devenus pièges mais aussi tellement « rassurants » puisque familiers. Le nœud nord (NN), quant à lui, représente la direction évolutive à suivre ; dont la signification symbolique est loin d’être facile à identifier. Et quand bien même son sens est dévoilé, celui-ci reste tout aussi difficile d’accès compte tenu que se diriger vers ce dernier est synonyme de quitter le cocon de son NS ; en somme : quitter son chez soi et se lancer dans l’inconnu.

On associe souvent cette notion de karma :

  • À Pluton, planète des métamorphoses profondes ;
  • À La Lune Noire, révélatrice des blessures cachées ;
  • Et aux régents karmiques, planètes maîtresses des signes où se trouvent les nœuds.

Attention à ne pas la réduire à ces quelques éléments. Encore une fois, et il n’est jamais utile de le répéter, analyser une carte astrologique ne se réduit pas qu’à quelques symboles ; c’est un art et un savant mélange d’interpréter un mandala astrologique.

Loin d’un déterminisme rigide, cette astrologie vise à éclairer ce que l’on porte…pour mieux s’en libérer.

Pour Edgar Cayce, celui-ci a déclaré que « chaque vie est la somme totale de tous les Moi précédemment incarnés » et que « tout ce qui a été construit, le bien comme le mal, est contenu dans cette opportunité » (c’est- à-dire, la présente incarnation). Cayce n’a jamais cessé d’insister sur le fait que, quand une personne rencontrait un type spécifique de problème, ou traversait une phase de vie stressante, elle était simplement « confrontée à son Moi » — en d’autres termes, ceci signifie que l’individu devait alors faire face à l’expérience qu’il avait créée par le passé.

Le karma, tel que le conçoit Irène Andrieu, n’a rien d’une « punition cosmique ». Il s’agirait plutôt d’une loi d’équilibre universel, une mécanique subtile de cause à effet qui dépasse les limites d’une seule vie. À chaque action correspond une réaction, non pas dans une logique de châtiment, mais comme une opportunité offerte à l’âme de comprendre, d’évoluer et de s’aligner davantage avec sa véritable nature.
Dans cette perspective, les expériences de notre existence actuelle sont les échos d’histoires plus anciennes, et les défis que nous rencontrons sont souvent des portes ouvertes vers une maturation spirituelle.

La notion de karma peut aussi être abordée à travers le prisme de l’ego. Stephen Arroyo nous dit qu’il est impossible de surestimer la puissance du désir comme étant la force la plus profonde qui induit le karma. Pour lui : « Seul l’ego séparé désire, car le Moi essentiel (l’âme) est déjà doté de tout et ne désire donc rien. » (Arroyo, 1987, p.18). En d’autres termes, vous obtenez ce que vous voulez, en définitive.

Irène Andrieu, de son côté, apporte un éclairage tout aussi intéressant : « […] l’ego semble n’être constitué que d’une vaste assemblée générale de personnages (de tendances), n’ayant souvent aucun lien les uns avec les autres, mais dont certains sont particulièrement résurgents, c’est-à-dire réactifs. Tout notre univers mental est constitué de leurs images. Qu’importe leur provenance. Ce sont des formes de croyances qui pensent à notre place, réagissent, choisissent pour nous, nous dépouillent de la présence à nous-même, de la possibilité d’être conscient. Aussi longtemps que nous nous prendrons pour eux, que nous y tiendrons, nous resterons dans l’enchaînement karmique et engendrerons un avenir à la mesure de notre imaginaire. » (Andrieu, 1994, p.13-14).

On associe très souvent le karma à la réincarnation, et pour beaucoup de traditions spirituelles, comme l’hindouisme ou le bouddhisme, ces deux notions sont effectivement liées (en tout cas dans la compréhension que j’en ai). Dans cette perspective, le karma désigne les conséquences des actes (karma) posés dans une vie, qui influencent les conditions de la suivante : c’est la fameuse idée du cycle des renaissances, ou samsara, dont on cherche à se libérer (moksha ou nirvana). En d’autres termes, la seule manière de réaliser des progrès spirituels consiste à s’éveiller (Bouddha veut dire « l’Eveillé ») à un niveau de conscience supérieur au domaine du karma et aux plans de l’illusion.

Mais cette vision n’est pas la seule possible.

Irène Andrieu, elle-même dit que toute incarnation n’a pas comme finalité l’évolution spirituelle. On peut très bien revenir sur Terre pour manger à sa faim ou assumer la culpabilité d’avoir cru maltraiter les autres.

Dans une approche plus symbolique, psychologique ou humaniste, le karma peut être compris sans forcément faire appel à la notion de vies antérieures. Il représente alors une sorte de trame intérieure, un ensemble de schémas, d’élans, de blocages ou d’impulsions voire de « mémoires émotionnelles » qui façonnent notre expérience de vie (sans qu’elles nous appartiennent forcément, d’ailleurs !). Cela peut être lié à l’enfance, à des mémoires inconscientes, ou même à des transmissions familiales. Dans ce cas, le karma est moins une dette passée qu’une dynamique à transformer, un point de départ pour évoluer.

Même en astrologie karmique, certains auteurs comme Stephen Arroyo (ou Irène Andrieu, comme déjà évoquée plus haut) laissent une place à cette ambivalence : on peut croire à la réincarnation comme réalité, ou simplement l’utiliser comme un langage symbolique puissant pour explorer ce qui nous pousse intérieurement. Au fond, que l’on croie ou non à des vies antérieures, ce qui compte, c’est ce que l’on fait ici et maintenant avec ce que la vie nous met sur le chemin. Pour ma part, j’ajouterais qu’il s’agit aussi d’un référentiel (peu importe qu’on y adhère ou pas, donc) ; comme avec les domifications ou les zodiaques (j’y reviendrai dans des billets de blog ultérieurs).

(spoiler : ce n’est pas Netflix spécial pharaon)

Si l’astrologie karmique fascine, ce n’est pas pour nourrir des récits flamboyants de vies antérieures où l’on aurait été prêtresse atlante ou samouraï écoféministe au XIIe siècle (je sais…ça fait classe ; mais non, désolé !) même si l’image peut faire sourire. Elle invite plutôt à interroger les grands cycles de l’âme et les dynamiques d’évolution à l’œuvre dans le présent ou en tout cas dans cette incarnation terrestre si c’est un terme qui fait écho en vous.

L’astrologie karmique ne cherche donc pas à dérouler le fil d’hypothétiques vies passées aux accents romanesques (ce n’est, en tout cas, pas la lecture que j’en ai). Ce n’est pas tant la quête d’une identité ancienne que celle d’un sens plus vaste, d’un mouvement intérieur qui vous (nous) traverse au fil des incarnations.

Ce qu’elle n’est pas :

  • une fabrique de récits flatteurs ou culpabilisants ;
  • un outil empreint de fatalisme (quand on comprend ce qu’est le karma) ;
  • un passe-droit spirituel (« c’est mon karma, j’y peux rien »). D’ailleurs, à ce sujet, une ancienne tradition en Inde classifie trois groupes de karma : le Pralabd Karma qui est le destin, le sort, le karma qui doit être confronté dans la vie actuelle ; Le Kriyaman Karma est celui que nous créons au cours de notre vie actuelle, et dont nous devrons affronter les effets dans une vie ultérieure ; le Sinchit Karma est l’expression qui qualifie la réserve de karma que nous avons accumulée durant nos nombreuses vies mais qui n’est pas spécifiquement active dans notre incarnation actuelle.

L’astrologie karmique n’a pas pour but de figer l’individu dans un passé, mais bien de le relier à une trajectoire d’évolution.

Loin des raccourcis mystico-glamour, l’astrologie karmique exige une posture intérieure sincère : celle d’un explorateur prêt à regarder ses schémas inconscients pour les transformer. La caverne de Platon, tout ça, tout ça… Eh oui, ce genre de voyage nécessite de descendre dans l’obscurité.

L’astrologie humaniste, quant à elle, trouve son origine dans les travaux de Dane Rudhyar, philosophe, musicien et astrologue du XXe siècle. Elle s’appuie sur une lecture symbolique et processuelle du thème, en lien avec ce qu’on pourrait appeler, une psychologie humaniste.
Le thème de naissance est vu comme un mandala de l’âme, une carte d’évolution au service de la conscience.
Ici, il ne s’agit pas de prédire, mais de comprendre et actualiser le potentiel latent de l’individu, à travers ses cycles (transits, lunaisons, rétrogradations…).

Le but ? Devenir auteur de sa vie, en transformant les tensions du thème en dynamiques de croissance.

Et pourtant… ces deux approches ne s’opposent pas.
 Elles peuvent s’éclairer mutuellement :


L’astrologie karmique donne du sens aux « obstacles » là où l’astrologie humaniste ouvre des possibles à partir de ces derniers.
Comme deux lentilles complémentaires sur un même télescope de conscience. — et si ce regard double vous interpelle, vous pouvez aussi découvrir le séminaire hors-série n°5, de 1ère année, de la formation en astrologie humaniste Allô Allô Mercure intitulé Le Projet d’incarnation et les 144 chemins de vie.

Si on utilise très souvent, presque toujours en réalité, et par facilité, le terme d’astrologie au singulier, il serait en fait plus juste de parler d’astrologies au pluriel tant les écoles et les courants sont nombreux ; un peu comme avec le karma en fait !

Pour élargir un peu le paysage…

L’astrologie traditionnelle (notamment hellénistique ou médiévale ; ou simplement dite prévisionnelle) repose davantage sur les dignités planétaires, les techniques prédictives et les événements extérieurs. Elle donne de la structure, mais moins de souplesse intérieure.

L’astrologie « psychologique », notamment par les apports de Liz Greene, partage beaucoup avec l’astrologie humaniste, mais reste souvent plus ancrée dans l’inconscient que dans l’évolution.
L’astrologie ésotérique (Alice Bailey, astrologie des Rayons) propose une lecture spirituelle parfois hiérarchique, où l’âme suit un parcours initiatique précis.
Et encore beaucoup d’autres (astrologie « médicale », uranienne, transgénérationnelle, horaire… Sans oublier les astrologies selon les cosmogonies et mythologies culturelles : chinoise, arabe, tibétaine, celtique, maya, védique et malgache pour n’en citer que quelques-unes).

L’astrologie karmique et l’astrologie humaniste offrent, ensemble, un bel équilibre entre intuition, transformation et conscience.

Et si le thème de naissance était une sorte de parchemin d’évolution, à la fois mémoire des vies passées et potentiel à actualiser ici et maintenant ?


Et si astrologie karmique et astrologie humaniste étaient les deux jambes du même chemin : une pour comprendre d’où l’on vient, l’autre pour choisir où l’on va ?
L’important, au fond, n’est pas tant de savoir « qui j’étais » ou « qui je devrais être »… mais de vivre chaque instant comme un lieu de conscience en devenir.

Cet article a 2 commentaires

  1. Piffeteau

    Bonsoir Jean-Noël…

    Devenir l’auteur de sa Vie ! C’est ce qui pour moi est une évidence…

    Admirative du Savoir accumulé …
    Michèle

    1. Jean-Noël

      Merci Michèle.
      Devenir l’auteur de sa Vie… Pas toujours facile mais tellement nécessaire ! 🙂

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